OVOSEXAGE : POUR LE BIEN-ÊTRE ANIMAL
Depuis le 1ᵉʳ janvier 2023, la France est le deuxième pays au monde, après l’Allemagne, à avoir interdit l’élimination des poussins mâles dans la filière ponte.
Depuis plusieurs années, la France s’impose comme un pays pionnier dans ce domaine, engageant la filière dans une transformation profonde pour mettre fin à une pratique longtemps décriée : l’élimination des poussins mâles dans les couvoirs.
Cette innovation technologique et organisationnelle, désormais pleinement intégrée au fonctionnement des couvoirs français, répond à la fois aux attentes sociétales et aux enjeux réglementaires européens en cours d’évolution.
Pourquoi l’ovosexage est-il devenu indispensable ?
La filière avicole distingue deux types de souches :
– Les pondeuses, sélectionnées pour produire un maximum d’œufs.
– Les volailles de chair, sélectionnées pour leur croissance rapide et leur capacité à produire de la viande.
Ces deux orientations génétiques rendent les poussins mâles issus de souches pondeuses inaptes à la production de viande : faible gabarit, carcasse peu développée, non conformes aux standards du marché.
Jusqu’en 2023, ces poussins, près de 50 millions par an en France, étaient donc éliminés dans les couvoirs.
Sous la pression sociétale et politique, et dans une volonté de moderniser les pratiques, la France a interdit cette élimination au 1er janvier 2023.
L’ovosexage : déterminer le sexe avant l’éclosion
L’ovosexage est une technique permettant d’identifier le sexe de l’embryon pendant l’incubation, afin d’écarter les embryons mâles avant l’éclosion.
Quatre grandes familles de méthodes existent, basées sur les différences entre embryons mâles et femelles :
1. Différences génomiques : identification des chromosomes sexuels.
2. Différences anatomiques : observation du développement des organes reproducteurs.
3. Différences phénotypiques : notamment la couleur des plumes.
4. Différences moléculaires : analyse des lipides, protéines, hormones…
Plusieurs de ces techniques sont aujourd’hui opérationnelles dans les couvoirs français :
Méthode AAT
– Réalisée vers le 13ᵉ jour d’incubation
– Analyse de la couleur des plumes grâce à un spectrophotomètre
– Méthode non invasive
Méthode Orbem
– Scan des œufs par IRM, vers le 12ᵉ ou 13ᵉ jour
– Détection du développement des organes reproducteurs
– Méthode non invasive
(Sources : Syndicat National des Industriels et Professionnels de l’Œuf, Le Parisien)
Un coût important pour la filière
Mettre en place l’ovosexage représente un investissement lourd pour les couvoirs et l’ensemble de la filière. Selon plusieurs audits réalisés par FranceAgriMer depuis 2023, le coût moyen est estimé à 0,92 € par poussin, soit 45 millions d’euros par an pour la filière.
Ce chiffre englobe la perte de productivité liée aux nouvelles étapes, les coûts de main-d’œuvre, électricité, chauffage et maintenance, les amortissements du matériel d’ovosexage, et les impacts indirects sur les autres postes de production.
Une évolution du financement
Pour permettre le déploiement de l’ovosexage, une CVO (cotisation volontaire obligatoire) avait été mise en place en 2022 pour les œufs coquille destinés à la GMS, puis étendue en mars 2025 à tous les œufs calibrés.
Son évolution :
– 0,59 € / 100 œufs au départ
– puis 0,39 € / 100 œufs,
– puis 0,31 € / 100 œufs après extension aux grossistes RHD.
Face à un déséquilibre persistant dans ce mécanisme, le CNPO a décidé d’anticiper la fin du dispositif.
À partir du 1er décembre 2025, le coût de l’ovosexage sera directement intégré dans les coûts de production et répercuté librement dans la filière.
(Sources : Comité National pour la Promotion de l’Œuf; Syndicat National des Industriels et Professionnels de l’Œuf)
Un enjeu toujours très suivi par les ONG et les consommateurs
Le sujet du bien-être animal reste au cœur des préoccupations. Les ONG, telles que L214, poursuivent leurs campagnes et revendiquent l’extension de l’interdiction d’élimination des mâles à d’autres filières encore concernées.
En parallèle, les consommateurs expriment une attente forte pour des œufs ovosexés, qui deviennent un critère d’achat de plus en plus visible.
Vers une harmonisation européenne
Depuis 2022, la France milite pour une interdiction généralisée de l’élimination des poussins mâles à l’échelle européenne.
Plusieurs pays ont déjà avancé :
– Allemagne, France et Autriche : interdiction en vigueur
– Pays-Bas : interdiction partielle prévue en 2026
– Italie : prévue pour 2027
La Commission européenne a intégré cette question dans la révision à venir de la réglementation européenne sur le bien-être animal.
Avec son Plan de filière 2030, la profession s’engage résolument dans une transformation profonde : la création de 300 nouveaux poulaillers, l’objectif d’élever 90 % des poules pondeuses en systèmes alternatifs, et la volonté de bâtir une filière française toujours plus compétitive, durable et souveraine.
Sources : SNIPO – CNPO – FranceAgriMer – INRAE – ITAVI – Ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire – Commission européenne – L214.
